Comparatif compte de libre passage en Suisse
La majorité des avoirs de libre passage en Suisse dorment sur des comptes bancaires rémunérés entre 0 et 0,2 % par an. C’est moins que l’inflation. Chaque année qui passe, le capital perd silencieusement de sa valeur.
En bref
- Les meilleurs taux sur compte : Hypo Vorarlberg et Caisse d'Épargne d'Aubonne à 0,50 %
- Pour l'investissement : le bon choix dépend de votre horizon et de votre profil, pas uniquement des frais
- Vous pouvez détenir jusqu'à 2 comptes de libre passage auprès de deux fondations différentes
- Le splitting en deux fondations permet d'optimiser significativement la fiscalité au retrait
- Les solutions de libre passage peuvent prendre la forme d'un compte rémunéré, d'une police, ou d'un placement en fonds.
- Il est possible de souscrire une solution en fonds pour un meilleur rendement potentiel, mais en acceptant une part de risque.
- Un retrait anticipé est possible dans 5 situations légales. Anticiper cette possibilité change la stratégie
Qu'est-ce qu'un compte de libre passage ?
Lorsque vous quittez une caisse de pension sans en rejoindre une autre immédiatement, vos avoirs LPP doivent trouver un nouveau domicile. La loi suisse impose leur transfert vers une solution de libre passage, un cadre réglementé spécifiquement conçu pour préserver votre capital de prévoyance professionnelle hors d’une caisse de pension active.
Les situations concernées sont nombreuses : chômage, congé sabbatique, formation longue, congé parental non couvert, passage au statut d’indépendant, départ temporaire à l’étranger, divorce avec partage de l’avoir LPP, retraite anticipée, etc. Dans tous ces cas, vos avoirs ne disparaissent pas, ils attendent, dans la solution que vous aurez choisie, jusqu’à votre prochaine affiliation ou votre retraite.
Ce choix mérite plus d’attention qu’on ne lui en accorde généralement. La plupart des actifs transfèrent leurs avoirs vers la première solution venue, qui est souvent un compte bancaire, sans évaluer les alternatives ni mesurer l’impact à long terme. C’est compréhensible dans l’urgence d’un changement de situation professionnelle. C’est pourtant l’une des décisions patrimoniales les plus structurantes d’une vie active.
Compte bancaire, dépôt en fonds ou police d'assurance ?
Trois grandes catégories de solutions existent. Chacune répond à un profil différent. Les solutions sont similaires à celles disponibles dans le pilier 3a (fonds de prévoyance).
Le compte bancaire : sécurité et liquidité
Le compte bancaire de libre passage est la solution de référence pour les horizons courts ou les profils qui ne peuvent tolérer aucune volatilité. Le capital est garanti à 100 %, les intérêts sont prévisibles, le transfert vers une nouvelle caisse de pension est simple et rapide. C’est le bon choix si vous savez que vous reprendrez un emploi dans les 6 à 18 mois, ou si vous planifiez un retrait anticipé pour achat immobilier à court terme.
Sur un horizon plus long, le compte bancaire perd de sa pertinence. Non pas parce que les taux sont trop bas, c’est un argument valide mais réducteur, mais parce qu’une épargne LPP qui s’étend sur 10, 15 ou 20 ans mérite une réflexion plus stratégique sur son allocation.
Le dépôt en fonds : rendement et stratégie
Le dépôt en fonds de libre passage permet d’investir vos avoirs LPP dans des portefeuilles diversifiés. C’est ici que la vraie question se pose : quelle stratégie d’investissement pour quel profil ?
La réponse dépend moins des frais que de deux variables fondamentales : votre horizon de placement réel et votre degré d’incertitude sur la durée du libre passage.
Un point crucial que beaucoup négligent : on ne sait pas toujours combien de temps on restera en libre passage. Une période qui devait durer 6 mois peut s’étendre à 3 ans. Une reconversion professionnelle peut prendre plus de temps que prévu. Cette incertitude doit influencer votre allocation. Une stratégie 100 % actions est optimale sur 15 ans mais potentiellement problématique si vous devez transférer vers une nouvelle caisse dans 18 mois dans un marché baissier.
La police d'assurance : couverture risque intégrée
La police d’assurance de libre passage ajoute une couverture décès et invalidité à votre capital. C’est sa proposition de valeur principale. Pour une personne traversant une période sans couverture professionnelle active, particulièrement un indépendant ou quelqu’un avec des charges de famille, cette protection est précieuse.
Les rendements des polices de libre passage sont souvent plus conservateurs que les dépôts à cause du choix de fonds à pourcentage d’actions plus faible.
Comparatif des comptes de libre passage : taux et frais
| Prestataire | Taux 2026 | Frais tenue/an | Frais EPL | Frais clôture |
|---|---|---|---|---|
| Hypo Vorarlberg Bank | 0,50 % | Gratuit | CHF 400 | CHF 25 |
| Caisse d'Épargne d'Aubonne | 0,50 % | CHF 36 | n.a. | n.a. |
| Clientis Bank Thur | 0,30 % | Gratuit | CHF 400 | CHF 25 |
| Crédit Agricole next bank | 0,30 % | Gratuit | CHF 400 | Gratuit |
| Caisse d'Épargne de Nyon | 0,25 % | Gratuit | n.a. | n.a. |
| Banque Cantonale de Fribourg | 0,20 % | Gratuit | CHF 300 | CHF 30 |
| freeME (Glarner Kantonalbank) | 0,20 % | Gratuit | CHF 400 | Gratuit |
| WIR Bank | 0,15 % | Gratuit | CHF 300 | Gratuit |
| Raiffeisen | 0,05 % | Gratuit | CHF 250 | Gratuit |
| Banque Cantonale de Genève | 0,01 % | Gratuit | CHF 500 | CHF 120 |
| PostFinance | 0,00 % | CHF 36 | CHF 400 | Gratuit |
Taux indicatifs, susceptibles de modification. Frais EPL = frais de retrait anticipé pour encouragement à la propriété du logement. Sources : sites officiels des prestataires, juin 2026.
Comparatif des dépôts de libre passage en fonds
| Prestataire | TER fonds | Frais plateforme | Max. actions | Profil recommandé |
|---|---|---|---|---|
| Opsion | 0,24–0,35 % | 0,58 %/an | 75 % | Débutants, gestion déléguée simple — min. CHF 30 000 |
| Liberty | dès 0,40 % | 0,45–0,60 %/an | 100 % | Patrimoines significatifs, gestion sur mesure, mandats personnalisés |
| Descartes | 0,25–0,53 % | 0,40 %/an | 80 % | Investissement durable, frais totaux très compétitifs en gestion active |
| Swisscanto | 0,40–0,90 % | Inclus | 75 % | Option Life Cycle, réduction automatique du risque à l'approche de la retraite |
| Tellco | 0,05–1,31 % | 0,35 %/an | 100 % | DIY avancé, univers le plus large du marché (+60 fonds), couverture décès/invalidité gratuite |
| VIAC | ~0,41 % | 0,02 % frais devises | 97 % | DIY, gestion 100 % numérique, couverture décès/invalidité Life Basic gratuite |
| UBS Vitainvest | Passif 0,25 % / Actif 1,35–1,71 % | Aucun | 100 % | Clients UBS, transfert sur dépôt privé à la retraite sans vente forcée |
| PostFinance | 1,12–1,30 % | Aucun | 100 % | Clients PostFinance, transfert sur dépôt privé possible à la retraite |
| Zurich | 0,21–1,32 % | Aucun | 65 % | Large gamme du monétaire au dynamique, immobilier et alternatifs intégrés |
| BCGE | 0,86–2,14 % | Aucun | 40 % | Clients BCGE, gestion multigestion professionnelle avec suivi quotidien |
TER = Total Expense Ratio, frais courants annuels des fonds. Les frais de plateforme s'ajoutent au TER sauf mention contraire. Données indicatives, se référer aux documentations officielles de chaque prestataire. Sources : prestataires officiels, juin 2026.
Quelle stratégie d'investissement pour votre libre passage ?
Horizon certain et long : la gestion indicielle autonome
Si vous savez avec certitude que votre libre passage durera 10 ans ou plus, par exemple : indépendant établi, période de formation longue, retraite anticipée planifiée, et que vous êtes à l’aise avec la volatilité des marchés, une stratégie indicielle à fort pourcentage d’actions est généralement la plus performante sur la durée. Les plateformes comme VIAC ou Frankly offrent un accès simple à ce type de stratégie, avec un large choix de fonds indiciels et une gestion autonome. Tellco se distingue par l’univers de placement le plus large du marché bancaire suisse : plus de 60 fonds et ETF, et inclut une couverture décès/invalidité gratuite pour les investisseurs en titres.
Ces solutions sont faites pour les profils DIY qui veulent contrôler leur allocation et optimiser les coûts sur un horizon long. Elles supposent une certaine aisance avec les marchés financiers et une capacité à ne pas réagir aux fluctuations à court terme. Ce type de solution est également accessible à partir de petits montants.
Horizon incertain ou profil intermédiaire : la gestion déléguée
Pour la majorité des actifs en libre passage, l’horizon n’est pas certain. On ne sait pas exactement quand on retrouvera un emploi, quand une opportunité immobilière se présentera, ni comment le marché évoluera à court terme. Dans ce contexte, confier la gestion à des professionnels via des portefeuilles gérés activement ou des fonds stratégiques présente des avantages réels.
Opsion se distingue ici comme une solution particulièrement bien pensée pour les profils qui ne veulent pas choisir eux-mêmes leurs fonds. Ses stratégies prédéfinies : de 15 % à 75 % d’actions, permettent de choisir simplement son niveau de risque sans expertise préalable. Ses TER figurent parmi les plus compétitifs du marché pour une gestion déléguée, avec un minimum de 30 000 CHF requis.
Liberty se distingue par l’approche la plus modulaire du marché suisse : quatre solutions selon votre profil et votre capital, avec accès aux mandats de gestion personnalisés via des banques et gérants indépendants. C’est la solution idéale pour les patrimoines plus significatifs qui nécessitent une gestion sur mesure et une allocation réellement adaptée aux conditions de marché.
Pour les profils à moyen terme avec une certaine incertitude sur l’horizon, des fonds gérés activement peuvent surperformer une stratégie indicielle pure, pas parce que la gestion active bat toujours le marché, mais parce qu’elle permet des ajustements d’allocation en fonction des conditions et d’une sortie plus souple si la situation professionnelle évolue rapidement.
Capital important et optimisation fiscale prioritaire
Pour les capitaux LPP significatifs, au-delà de 200 000 CHF, la question de la stratégie d’investissement doit être pensée conjointement avec celle de la fiscalité au retrait. Le canton de domicile de la fondation, l’échelonnement des retraits sur deux années fiscales via le splitting, et la coordination avec le retrait du 3ème pilier sont des leviers d’optimisation qui peuvent représenter plusieurs dizaines de milliers de francs.
Dans ce cas, une solution offrant une gestion adaptée, combinée à une planification fiscale rigoureuse, apportera plus de valeur qu’une optimisation des frais de quelques points de base.
Le splitting : une décision à ne prendre qu'une fois
La loi suisse autorise un maximum de deux comptes de libre passage auprès de deux fondations différentes. Cette règle est stricte : vous ne pouvez plus fractionner vos avoirs une fois qu’ils se trouvent sur un compte de libre passage. Le splitting doit être décidé au moment du transfert depuis votre ancienne caisse de pension.
Pourquoi c’est important fiscalement : à la retraite, les retraits de capital de prévoyance sont imposés séparément des autres revenus à un taux réduit progressif. En retirant deux comptes sur deux années fiscales différentes, vous divisez le capital imposable en deux tranches plus petites, ce qui réduit mécaniquement le taux marginal applicable. Sur un capital de 200 000 CHF, selon votre canton de résidence, le gain fiscal peut représenter plusieurs milliers de francs.
Pourquoi c’est important en termes de sécurité : les avoirs bancaires ne sont couverts par la garantie des dépôts qu’à hauteur de 100 000 CHF par établissement. Au-delà de ce montant, répartir sur deux fondations réduit le risque de concentration. Les avoirs en titres ne sont pas concernés par ce risque, ils vous appartiennent personnellement.
Libre passage et fiscalité au retrait
Le retrait du libre passage est un événement fiscal structurant qui mérite une préparation soigneuse, idéalement plusieurs années à l’avance.
Pour les résidents suisses : le capital est imposé selon le canton de résidence au moment du retrait, à un taux réduit progressif. L’échelonnement des retraits de libre passage, pilier 3a, éventuellement LPP, sur plusieurs années fiscales consécutives est l’un des leviers d’optimisation fiscale les plus puissants disponibles en Suisse. L’ordre et le calendrier de ces retraits doivent être planifiés dans le cadre d’une stratégie globale.
Pour les frontaliers et les expatriés : en cas de retrait depuis l’étranger, c’est le canton de domicile de la fondation de libre passage, et non votre canton de travail ou de résidence, qui détermine l’imposition à la source. Les écarts entre cantons sont significatifs. Cette particularité rend le choix de la fondation stratégiquement important dès l’ouverture du compte.
Pour les frontaliers résidant en France, la convention fiscale franco-suisse prévoit un mécanisme de remboursement de l’impôt à la source prélevé par la Suisse. Ce remboursement doit être demandé dans les 3 ans suivant le retrait, passé ce délai, les fonds sont définitivement perdus au profit du fisc suisse.
Notre approche en 4 étapes
- L'achat d'une résidence principale : retrait possible pour financer l'acquisition de votre logement principal en Suisse ou à l'étranger. Des frais EPL s'appliquent selon le prestataire.
- Le début d'une activité indépendante : sur présentation d'une confirmation de l'AVS. Ce retrait est irrévocable et doit être planifié soigneusement compte tenu de ses implications fiscales.
- Le départ définitif de Suisse : pour les départs hors UE/AELE, le retrait intégral est possible. Pour les départs vers l'UE/AELE, seule la part surobligatoire peut être retirée.
- L'invalidité et le décès : le capital est versé selon les dispositions de la fondation et l'ordre des bénéficiaires légaux.
- Le montant inférieur à la cotisation annuelle minimale : retrait possible si votre avoir est inférieur à ce seuil.
Votre capital de libre passage mérite une stratégie adaptée à votre situation
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un compte de libre passage ?
Combien de comptes de libre passage peut-on avoir ?
Vaut-il mieux un compte bancaire ou un dépôt en fonds ?
Qu'est-ce que le splitting libre passage ?
Le splitting consiste à répartir ses avoirs de libre passage sur deux fondations différentes au moment du transfert. Cette stratégie permet de retirer les deux comptes sur deux années fiscales distinctes à la retraite, réduisant l’imposition progressive sur le capital.
En cas de départ avant l’âge de référence LPP (en général avant 58 ans dans la plupart des caisses), il est courant d’envoyer le capital vers deux fondations de libre passage distinctes.
Comment est imposé le retrait du libre passage ?
Le capital est imposé séparément des autres revenus, à un taux réduit progressif qui varie selon le canton. Pour les retraits depuis l’étranger, c’est le canton de domicile de la fondation qui s’applique.